Pour toi

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Chère et belle inconnue,

 

Voici donc, chère et belle inconnue, un blog qui t’est dédié. Si j’ai mis ce blog en ligne, c’est, bien sûr, pour ne pas que tu le demeures, inconnue. Tu as vingt ans, ou quarante-cinq, tu as des rondeurs ou tu es mince, tu es typée européenne ou de partout ailleurs. Tu n’es pas une, bien sûr, mais toutes les femmes que je ne connais pas, ce qui en fait beaucoup.

 

Celles qui ne me le sont pas, inconnues, il n’y a pas tant que ça. Un de ces jours je te parlerai d’elles ; ou peut-être sur plusieurs jours, en attendant que tu te manifestes. Car ce que j’espère, bien sûr, ce que tu m’écrives et avoir l’occasion de te connaître. 

 

Le blog commence à Les enfants ont aussi des fantasmes

 

Bisous à toi

 

Soda

Mercredi 20 décembre 2006

Chère belle inconnue

Je ne sais pas ce qui m’a pris, c’est venu tout d’un coup, sans crier gare. J’ai eu une envie irrépressible de m’habiller en femme.

 

Et je me suis dit que, qui sait, si ça se trouve, ça plairait à Pascale. Ca serait peut-être le moyen de sortir d’une routine dans laquelle on faisait exactement la même chose à chaque fois, et où je ne trouvais pas, mais vraiment, absolument pas, mon compte.

Si je me souviens bien, j’ai commencé par les escarpins ; j’en ai acheté des rouges, aux talons aiguilles de quinze centimètres, dans un magasin Boulevard de Magenta spécialisé dans les grandes tailles – ils le sont tous, Boulevard de Magenta –, tenu par deux beurettes tout à fait charmantes. Je ne leur ai pas dit pour quoi c’était, j’ai juste dit que c’était à cause d’un pari que j’avais perdu. Elles m’ont dit qu’effectivement, d’autres avaient déjà perdu des paris et avaient eu à venir chez elles acheter des escarpins. Comme quoi, l’excuse a déjà servi avant moi. Même si je te laisse deviner l’élégance d’un mec qui enfile des haut talons pour la première fois de sa vie, c’était très grisant de les essayer devant elles. Un couple de personnes âgées est entré dans le magasin et j’ai promptement mis fin à la séance d’essayage. « Je prends. »

 

Dans une rue spécialisée dans la chose, mais je ne me souviens plus de laquelle, j’ai acheté un truc dont je me rappelle plus le nom, qui est à mi-chemin entre la perruque et la mèche, et qui allait servir à faire un chignon ; dans un magasin spécialisé dans les bijoux fantaisie près de Saint Lazare des boucles d’oreille à pince – je n’ai pas les oreilles percées – ; et dans un Monoprix loin de chez moi, une pince crocodile, du rouge à lèvres, une jupe qui m’arrivait à la mi-mollet, un débardeur, pour femme, évidemment, mais c’était quand même une mauvaise idée, et un châle pour couvrir mes épaules. Dans un magasin spécialisé dans le maquillage professionnel près de Pigalle, coté neuvième, le nécessaire de maquillage, en particulier un cache-barbe, du fond de teint, de la poudre, des pinceaux, etc. Plus haut, sur le boulevard de Clichy, dans un magasin de lingerie sexy, des porte-jarretelles, des bas résille et un string. Tout ce qui était vêtements en noir. J’ai assez longuement discuté avec le vendeur, qui, même manifestement gay, les hommes habillés en femme excitait, je l’ai bien vu au moment des essayages. Je lui ai dit que quand tout serait prêt, je viendrait lui montrer le résultat. Je suis retourné au Monoprix, le string que j’avais acheté ne convenait pas du tout ; j’y ai acheté des petites culottes et complété la trousse de maquillage. Mine de rien, se faire belle, ça revient cher. Pendant tout ce temps, je me suis épilé avec la machine à épiler de Pascale, mais j’y allait peu à peu, c’est que ça ne faisait pas du bien.

 

Quand j’ai enfin été prêt, je suis retourné à la boutique de lingerie sexy au moment de la fermeture, le vendeur m’a dit que je pouvais me changer dans les cabines d’essayage au fond, ce que j’ai fait. Une fois qu’il a fini de fermer la boutique, il est venu me voir. J’étais face à une glace, il est venu à coté de moi, s’est approché, puis passé son bras autour de ma taille. Il a commencé à me tripoter, puis il voulait me déshabiller, mais ça je ne le voulais pas, tout l’illusion reposait sur les vêtements. Finalement, je me suis mis à genoux devant lui, j’ai ouvert son pantalon et je l’ai sucé. Je crois bien que ça devait être la première fois que je suçais, c’est seulement là que je me suis rendu compte qu’il fallait faire attention aux dents. Il a eu l’amabilité de me prévenir avant de jouir.

 

J’avais trouvé tout ça terriblement excitant, et j’avais envie de continuer, et s’il m’avait demandé de sortir dans la rue comme ça, en tenue, eh bien je pense que je l’aurais fait. Mais il avait un rendez-vous ou je ne sais quoi, et il n’y avait pas moyen d’aller chez lui et continuer. Je me suis rhabillé, démaquillé, puis on s’est séparés. Je ne l’ai plus revu.

 

Le temps était venu de voir comment Pascale réagirait. Pour le lendemain, ou pour plusieurs jours plus tard, je lui avait dit que j’avais préparé quelque chose de spécial, et pendant que je me suis préparé à me maquiller et le reste, elle s’est habillée en tenue sexy. Puis je suis arrivé, Pascale a joué le jeu et on s’est bien amusés. Mais le lendemain matin, au petit déjeuner, elle a fermement fait comprendre qu’elle ne voulait plus jamais voir cela.

 

Mes affaires sont donc restées bien rangées pour une autre fois, et je ne les ai ressorties qu’après notre séparation, lorsque je me suis retrouvé en « colocation » (en fait une chambre louée dans un appart dont le « colocataire » disposait à sa guise, par exemple pour stocker la marchandise de son magasin de chaussures pour femme – non ! je ne te le présenterai pas, belle inconnue, qu’il crève. –). C’était un grand appartement de plus de cent mètres carrés dont le grand mérite était le long couloir qui allait des deux chambres du fond, dont la mienne, jusqu’à la salle de bain, avec son miroir. Ca faisait que je pouvais marcher tout au long du couloir en me regardant sur la glace de la salle de bain. Mon « colloc » partait souvent en voyage, à chaque fois pour une quinzaine de jours, bien que je ne savais jamais précisément quand il rentrait. Ca me permettait donc de régulièrement m’habiller en femme tranquillement et améliorer tout le déguisement. D’améliorer Fanny, comme j’ai appelé le personnage.

 

Je n’ai jamais réussi à bien me maquiller. D’abord, je l’ai fait en observant le maquillage des femmes dans mon entourage. Mais il était clair que je n’y arriverai pas comme ça. Internet ne m’a pas beaucoup aidé non plus pour savoir comment faire ; en revanche, j’y ai trouvé plusieurs travestis qui proposaient des féminisations. Je me suis résolu à faire appel à l’une d’entre elles et opté pour une qui s’appelait Erika, dont le site montrait des photos très convaincantes. Erika, par ailleurs, apparaissait un peu partout où il était question de soirées avec des trans ; c’est un personnage très extravagant, très exagéré. Je l’ai donc contactée et pris rendez-vous, et peu après, je me suis rendu chez elle avec tout mon attirail. Elle habitait dans un grand appartement avec, il me semble, une trans pseudo-nommée Victoria qui vivait en femme en permanence (Erika est steward et vit normalement en homme). Il y avait un grand salon, tout aussi extravagant que le personnage, avec des mannequins habillées de paillettes, et tout très kitch ; au fond du salon une petite pièce emplie de centaines de perruques, « les perruques, c’est mes bébés, » m’a-t-elle dit, c’est là que la féminisation a eu lieu.

 

Elle a pris tout son temps pour me maquiller, pour corriger tous les défauts et asymétries que comporte mon visage, et pour essayer d’arriver au meilleur résultat possible. Il est clair qu’elle n’a pas bâclé le travail. Elle ne m’a pas permis de me regarder dans le miroir au fur et à mesure : « surprise, » mais a répondu à toutes mes questions. Donc, le cache-barbe en premier, le fond de teint ensuite, sur le cache-barbe aussi, et ce fond de teint un voire deux crans plus clairs que la peau, alors que moi, bêtement, j’en avais choisi un aussi proche que possible de ma couleur naturelle. Après le fond de teint la poudre, et après la poudre les couleurs. Je ne sais plus dans quel ordre je l’avais fait auparavant, mais c’était tout autre, ce n’était pas étonnant que je n’y arrivais pas. Pendant qu’elle s’affairait sur ma féminisation, je regardais les perruques devant moi et je fixais une en particulier, longue, à la coupe dégradée, soigneusement désordonnée, qui faisait sauvageonne chic. Erika a dû le remarquer ; après le maquillage, qui comprenait des faux sils, elle a pris cette perruque pour la poser sur ma tête. Puis elle m’a passé une robe.

 

Et enfin, elle m’a permis de me regarder dans une glace.

 

Bah j’étais assez déçu. D’abord, la perruque sur ma tête ne donnait absolument pas du tout la même chose que sur la tête du mannequin. Mais surtout, le maquillage ne ressemblait à rien du tout. Erika m’avait donné un teint à coté duquel celui de Marcel Marceau en tenue aurait eu l’air bronzé, au milieu du masque, une grosse tache rouge faisait office de bouche. Pendant que je me suis un peu baladé dans son appart, Erika, Victoria et un jeune homme qui est arrivé en cours de route, se sont habillé(e)s et m’ont proposé de les accompagner en boite. Je le sentais moyen de sortir comme ça, dans la rue ; puis la soirée dans leur boite était une soirée SM. Je n’ai pas osé, je me suis rhabillé en homme et je suis rentré chez moi.

 

Un autre truc à travailler était la voix. J’étais tombé sur un article qui expliquait comment faire. D’après son auteur, ce qui distingue la voix d’un homme de celui d’une femme n’est pas que l’un soit plus grave que l’autre. Et même, les voix graves de femme sont très sexy, suffit de penser à Marlène Dietrich pour s’en convaincre. Ce qui les distingue est le timbre. Les sons sont crées par les cordes vocales et amplifiés dans le larynx, le timbre de voix est donné par la taille par la caisse de résonance que constitue le larynx, qui est nettement plus grand chez les hommes que chez les femmes. Le but de l’exercice proposé était de faire en sorte d’empêcher la parte haute, ou basse (je ne m’en souviens plus) du larynx de vibrer et, donc, diminuer la taille de la caisse de résonance. Avec l’exercice, on devait pouvoir avoir une voix à la Mickey Mouse, puis de vieille femme, puis, enfin, de femme plus jeune. Je suis bien arrivé au bout d’un moment d’avoir une voix de vieille femme, mais ça n’a pas été plus loin.

 

(A suivre)

 

Soda

Par Soda - Publié dans : belleinconnue
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