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Chère et belle inconnue,
Voici donc, chère et belle inconnue, un blog qui t’est dédié. Si j’ai mis ce blog en ligne, c’est, bien sûr, pour ne pas que tu le demeures, inconnue. Tu as vingt ans, ou quarante-cinq, tu as des rondeurs ou tu es mince, tu es typée européenne ou de partout ailleurs. Tu n’es pas une, bien sûr, mais toutes les femmes que je ne connais pas, ce qui en fait beaucoup.
Celles qui ne me le sont pas, inconnues, il n’y a pas tant que ça. Un de ces jours je te parlerai d’elles ; ou peut-être sur plusieurs jours, en attendant que tu te manifestes. Car ce que j’espère, bien sûr, ce que tu m’écrives et avoir l’occasion de te connaître.
Le blog commence à Les enfants ont aussi des fantasmes
Bisous à toi
Soda
Chère belle inconnue
Pendant cinq ans j’ai été fidèle à Pascale. Aucun mérite à cela ; si je n’ai pas été aller voir ailleurs c’est tout simplement que l’occasion ne s’est pas présentée. Et pourtant, j’avais bien flashé sur certaines. En Belgique, il y avait eu Nathalie, une grande rousse très bien faite, qui se donnait des airs d’ingénue, mais que je n’avais jamais vraiment osé aborder. Mais surtout, il y avait eu Françoise ; elle était blonde, les cheveux courts, maigre, ce qu’elle avait surtout pour elle c’était qu’elle était très rieuse, toujours de bonne humeur, toujours en train de se marrer. Mais elle n’a pas voulu de moi.
Celle qui a mis fin à cinq ans de fidélité involontaire est ma cousine P. Oui, belle inconnue, ma cousine. Ca te choque ? Elle te dirait, en tout cas, c’est ce qu’elle disait à l’époque, que les rois et les reines, autrefois, se mariaient bien entre eux ; alors, où est le problème ? Moi, j’ajouterai que dans le Maghreb, il est courant que des cousins germains se marient. Puis, je te dirais aussi que Nathalie, pas la rousse dont je viens de parler, mais une autre fille dont je parlerai (si tout va bien) d’ici quelques jours, avait une nièce dont le petit ami était aussi son cousin germain, et ce tout ce qu’il y a de plus officiellement, sans que personne ne trouve à y redire.
Nous étions sortis ensemble plusieurs fois, boire et papoter. Et un soir, en plein centre ville, dans la voiture, nous nous sommes embrassés, puis nous avons commencé à nous caresser. Pour continuer, nous sommes sortis de la ville, un peu à l’écart, et nous avons fait l’amour. Une voiture n’a jamais été un endroit idéal pour baiser ; quelques jours plus tard, nous avons remis ça et nous avons été à l’hôtel. Puis il y a eu une troisième fois, chez moi. Mais ensuite, elle n’a pas voulu continuer. A début, elle ne connaissait Pascale que vaguement puis elle est devenue copine avec elle et, donc, ça la mettait mal à l’aise.
Tout ce que je peux dire est que faire l’amour avec P était bon à des niveaux subliminaux, mais je trouve que c’est très difficile de décrire un rapport qui s’est bien passé. Si ça s’est bien passé, c’est parce que d’une certaine façon on sort de soi pour se fondre avec l’autre, que les caresses, les gestes que l’on donne s’imposent d’eux-mêmes, et ceux que l’on reçoit nous maintiennent à un niveau où la conscience normale n’a plus cours. Pour en prendre note mentalement, il faudrait quitter cet état d’excitation, ce dont on a évidemment pas envie, ça irait à l’encontre de l’intérêt de la chose. Reste le vague souvenir de quelques images, que je suis incapable de remettre dans l’ordre, de bonheur, de nirvana, pour tout dire. C’est quand ça ne fonctionne pas bien, que les gestes qui en d’autres circonstances ont si bien marché ne donnent pas le résultat escompté, que les gestes de l’autre sont a-synchrones avec notre mouvement sexuel, lorsqu’on n’arrive pas à quitter le plancher des vaches mental, que l’on peut enregistrer tout cela. Puis, en parler ultérieurement. Souvent pour se demander pourquoi ça n’a pas marché. Ou alors, si on se la joue cynique, à la façon d’un Houellebecq, pour affirmer que le cul, en définitive, ce n’est que de la merde.
Ou alors, encore, on fait l’amour pour la postérité, pour le souvenir, pour en parler dans le courrier de lecteurs d’Union, sur son blog ou avec ses copains/copines ; comme si l’on faisait l’amour devant une camera, non pas pour prendre son pied mais pour en garder un chouette film.
Je ne voudrais pas tirer des généralités de mon expérience ; je constate seulement que l’on lit à droite et à gauche des tas de descriptions de baises comme autant de grands moments où aucun détail n’est épargné : « j’ai mis ma main ici, elle m’a fait cela, puis on s’est mis dans telle position … » Je note que moi, s’il s’agit de décrire des grands moments de cul, j’en suis incapable. Mais cela est peut-être tout simplement dû au fait que la richesse de mon expérience sexuelle, si elle n’est pas inexistante, elle ne laisse pas moins à désirer.
La deuxième fois, ça a été pas longtemps après, avec Charlotte. Je l’avais rencontrée lors d’un projet ; le dernier soir toute l’équipe avait fait la fête et moi, ça ne m’arrive pas souvent, mais ça m’est quand même parfois arrivé, j’ai vraiment trop bu. Je ne sais pas comment, je me suis retrouvé affalé sur ses genoux et je lui ai dit : « j’ai envie de te faire jouir. » Apparemment, cela l’avait beaucoup excitée. De retour à Paris, on s’est vus plusieurs fois avant de se retrouver chez elle. Charlotte était grande, svelte, un corps sublime ; sous sa peau douce, sans un gramme de graisse, on sentait la dureté de ses muscles. Comme du marbre sous une couche de velours. Elle avait un drôle de visage, qui était grand : de tous petits yeux, une toute petite bouche, un nez asse particulier, si elle avait été une sculpture, on aurait dit que le sculpteur l’avait bâclé, son nez. Une tête d’ingénue, quelque part, bien qu’elle se vantait de collectionner les hommes. Au lit, ça c’est mal passé, comme si à force d’attendre ce moment, d’y penser sans cesse, il ne restait plus de spontanéité. On s’est caressés, elle m’a sucé, je l’ai léchée, puis, nous ennuyant l’un comme l’autre, on a vite conclu l’affaire. J’aurais voulu rattraper le coup, que l’on ne reste pas sur un si mauvais souvenir, mais elle n’a plus voulu me voir.
Puis il y a eu Catherine ; je l’ai rencontrée lors d’un salon professionnel à Cannes, et l’on a fait l’amour sur la plage. Ca a été insignifiant. Elle était marseillaise ; de retour à Paris, elle a commis l’imprudence de m’appeler un soir à la maison, et c’est Pascale qui a répondu. Catherine, en l’entendant, a bafouillé, ce qui m’a mis en porte-à-faux, ce qui m’a aussi fait bafouiller ; bref, Pascale a compris.
C’est curieux, parce que c’est la seule fois où elle a su que je l’avais trompée. Elle m’a souvent fait des scènes de jalousie, mais toujours à cause de filles que je n’ai pas touchées, ni même des filles que j’avais eu le désir de toucher. A part Catherine avec sa gaffe, Pascale n’a jamais rien soupçonné. Il est vrai aussi que je n’ai jamais entretenu de relation parallèle ; je crois que c’est quelque chose que je n’aurais pas pu faire. Avoir une relation amoureuse puis, se laissant aller, planter, comme on dit, un coup de canif dans le contrat, est une chose ; avoir deux relations d’amour parallèles, aimer, ou faire semblant d’aimer deux femmes en même temps, je crois que c’est au dessus de ce dont je suis capable.
Ensuite il y a eu une fille dont je ne me souviens plus de son prénom, c’était un prénom africain. Je l’ai rencontrée lors d’un projet en Afrique, au Bénin, à Cotonou, plus précisément. En fait, ça n’a pas été jusqu’au bout. Elle refusait que je mette un préservatif et, à vrai dire, en Afrique, ça craint un petit peu, quand même. Donc, la mort dans l’âme, l’ai préféré de m’abstenir. C’était assez frustrant.
Puis une autre fille à Lyon, rencontrée aussi à l’occasion d’un projet. Sandra était l’ex d’un de mes meilleurs amis et j’ai été loger chez elle plutôt que dans l’appartement qui avait été prévu pour toute l’équipe. Sandra était un peu boulotte, très sympathique, exubérante dans sa façon de s’habiller, et assez délurée. Ca a été très sympathique avec elle, mais ça n’a pas fait des étincelles non plus. En partant, à la place des fleurs que j’aurais acheté dans des circonstances semblables, je lui ai fait cadeau d’un godemiché. Ca l’a bien fait rire, je crois qu’elle a apprécié ; en tout cas, par la suite, elle m’a dit qu’elle s’en était servi.
Si je ne devais n’en retenir qu’une fille que j’ai rencontré lors des années Pascale, ce serait Carole. On venait tout juste de se procurer un ordinateur avec une connexion à Internet, et le soir je partais à l’exploration de la chose. Et, bien sûr, j’ai découvert les tchats. C’est là que j’ai rencontré Carole, et on a passé beaucoup de temps à parler, entre autre choses, de cul. Elle avait le même âge que moi, avait été mariée une fois et avait eu trois enfants avec d’autres hommes par la suite, chaque enfant d’un père différent. Si elle avait eu un démarrage dans la vie sexuelle quelque peu décevante « tout ce cinéma pour ça ? » s’était-elle dit la première fois qu’elle avait couché, à seize ans, le premier des pères de ses enfants l’avait initié à une sexualité un peu plus relevée, notamment en l’amenant à des boîtes échangistes. A peu près au moment où on s’est rencontrés sur ce tchat, elle avait rencontré de la même façon un tout jeune kabyle avec lequel elle a commencé une véritable relation, mais à reculons. « J’ai pas envie de me réveiller tous les matins avec la même tronche à coté. » Carole et moi avons décidé qu’il fallait que l’on se rencontre, et qu’il fallait inventer un truc spécial à cette occasion. Nous nous sommes mis d’accord pour faire l’amour sans nous êtres vus au préalable. Elle vivait du coté du Mans ; nous nous sommes donnés rendez-vous à un hôtel à mi-chemin, à Lisieux. Je suis allé prendre une chambre d’hôtel, je m’y suis installé, me suis mis au lit jusqu’à ce qu’elle vienne frapper à la porte. J’ai alors éteint la lumière, ouvert la porte et me suis remis sous les draps. Elle est entrée, s’est déshabillée, et venue me rejoindre. Puis on a fait l’amour. Comme je l’ai dit plus haut, je trouve qu’il est difficile de décrire les fois où ça se passe bien, et là, c’est la fois où j’aurais le plus de mal à en parler si ce n’est en compilant les superlatifs. Elle m’a dit : « tu as des doigts en or. »
La première chose que j’ai vu d’elle sont ses yeux. J’étais sur le dos, en elle, elle assise sur moi ; nous avons allumé des cigarettes, et c’est avec la flemme du briquet que je les ai aperçus : elle avait des yeux à la Patricia Kaas. A vrai dire, c’est la seule chose qu’elle avait de joli. Elle était petite, maigre, les épaules un peu lourdes, sans hanches et un visage pas très attrayant. Mais qu’importe. Ca ne doit pas être commode de vivre avec elle tous les jours. Lorsqu’elle a annoncé à son tout jeune petit ami qu’elle avait fait l’amour avec moi, et qu’il lui a dit qu’il ne voulait pas qu’elle me voie à nouveau, elle a répondu : « je vois qui je veux et je fais avec ce que je veux. » Le gamin n’avait pas voix au chapitre. Et de fait, nous nous sommes vus plusieurs fois encore, à Lisieux toujours, dans le même hôtel. Et à chaque fois, ça a été aussi féerique.
La toute dernière fois que j’ai fait une infidélité à Pascale c’était à Arles. C’était aussi pour un projet professionnel et nous logions tous dans une maison. Le projet a été laborieux : toute la journée de dix heures sous le cagnard, et des tensions permanentes au sein de l’équipe. Ou plutôt, entre le responsable, qui n’assurait pas une cacahouète, et le reste de l’équipe. Par dessus le marché, j’avais un assistant pas franchement compétant, mais surtout, limite hystérique, et il me fallait le ménager – normalement, c’est plutôt les assistants qui ménagent leurs chefs –. Mon métier fait que dans ce genre de projets je jouis d’une autorité considérable, y compris auprès des responsable, et en plus de ma tâche technique, j’avais à tenir l’équipe unie, puisque le responsable n’en était pas capable. Le soir venu, ils étaient tous sur les nerfs, et c’était encore à moi que revenait de faire l’assistante sociale pour chacun d’entre eux. Séduire, je n’ai jamais su le faire, mais écouter, ça oui.
Reste que nous avons fait connaissance avec les voisins, et qu’une femme qui vivait seule s’est proposée de me loger, ce que j’ai accepté très, très volontiers. Un peu de calme, enfin ! Cette femme était âgée de cinquante ans, nettement plus que moi, donc, elle était rousse, avait un visage assez usé mais un corps plutôt mince. J’ai noté qu’elle laissait traîner ses strings un peu partout et un soir, quand elle s’est penchée sur moi pour m’embrasser, je n’ai pas dit non. Elle était mince, en fait, elle avait un corps d’une fille de vingt ans, des seins fermes, pas un pouce de graisse. Sache, belle inconnue, qu’elle faisait de l’escalade ; les parois verticales, à mains nues. Je dis ça si ta ligne t’inquiète, mais j’ai rien dit, hein. C’était très bon avec elle, puis ça avait un coté le repos du guerrier. Mais il est vrai aussi que j’étais vraiment trop épuisé pour en profiter complètement et pour rendre la pareille.
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J’ai un jour évoqué à un pote mes quelques infidélités ; il trouvait que ces quelques filles, ce n’était rien, tout juste si je pouvais affirmer que j’avais trompé Pascale. Il est vrai aussi qu’il doit avoir une vision de la sexualité un peu particulière. C’est un garçon qui a beaucoup fréquenté les prostituées. C’est quelque chose que je n’ai jamais fait, et c’est une expérience que je ne suis pas prêt de vivre. Je ne dis pas, quand je serai vieux, mais pour l’heure, même au moment où j’ai le plus faim, c’est une éventualité que je n’envisage jamais.
Bisous, belle inconnue
Soda
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