Pour toi

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Chère et belle inconnue,

 

Voici donc, chère et belle inconnue, un blog qui t’est dédié. Si j’ai mis ce blog en ligne, c’est, bien sûr, pour ne pas que tu le demeures, inconnue. Tu as vingt ans, ou quarante-cinq, tu as des rondeurs ou tu es mince, tu es typée européenne ou de partout ailleurs. Tu n’es pas une, bien sûr, mais toutes les femmes que je ne connais pas, ce qui en fait beaucoup.

 

Celles qui ne me le sont pas, inconnues, il n’y a pas tant que ça. Un de ces jours je te parlerai d’elles ; ou peut-être sur plusieurs jours, en attendant que tu te manifestes. Car ce que j’espère, bien sûr, ce que tu m’écrives et avoir l’occasion de te connaître. 

 

Le blog commence à Les enfants ont aussi des fantasmes

 

Bisous à toi

 

Soda

titre automatique

Samedi 23 décembre 2006

Chère inconnue

 

Puis, il y avait aussi la démarche. Et là, là, je dois dire que j’ai été assez fier de moi. On a tous l’image du travesti qui en fait trois tonnes en agitant des bras et des jambes désarticulés et s’écriant à tout va « ouh-là-là ». Je n’ai jamais vu une femme se comporter de la sorte. Ce qui me donnait la meilleure image de la façon correcte de se tenir, c’était un mannequin au cours d’un défilé. Elles se tiennent droites, déhanchent, à chaque pas, elles s’appuient fermement sur la jambe qu’elles viennent de planter au sol, les bras suivent le mouvement du corps … bref, affirment leur présence. Quand on a eu l’occasion de parler avec des comédiens, et qu’ils expliquent comment trouver des gestes en particulier, ils disent qu’il s’agit pour eux de trouver la contrainte qui les oblige à adopter le geste souhaité. C’est beaucoup plus naturel que d’essayer de l’imiter. Par exemple, si un acteur doit jouer un boiteux, plutôt que d’essayer d’imiter un vrai boiteux, ils vont chercher la position ou l’accessoire de jeu qui va l’obliger à boiter.

 

Il s’agissait donc de trouver la contrainte qui allait m’obliger à déhancher, plutôt que d’essayer de faire une simple imitation. La première contrainte était évidemment les talons aiguilles, qui obligent à poser le pied la pointe d’abord ; mais je l’ai surtout trouvée en cambrant le plus possible. A chaque pas, en sortant les fesses le plus possible, en lançant le pied le plus loin possible, en étirant la jambe, j’obtenais ce déhanchement si caractéristique des femmes. Peu satisfait par le débardeur pour une raison qu’après coup me paraît évidente : les vêtements pour femmes sont coupés pour les femmes, pas pour les travestis ; j’ai acheté une robe très courte dans une boutique spécialisée dans le travestisme du coté de la Place de Clichy, qui m’allait à merveille. Quand je suis allé l’acheter, j’étais épilé, et en l’essayant, on m’a fait des compliments sur mes jambes. Contente, la Fanny. La robe venait avec une grosse ceinture qui, lorsque je marchais en femme, soulignait encore le déhanchement. Tout cela marchait si bien que lorsque j’ai montré Fanny à ma sœur de Londres, elle s’est exclamée : « Ca me fait chier que ce soit un mec qui me montre comment on marche avec des hauts talons ! »

 

Longtemps, je ne me suis pas préoccupé de la poitrine. Pas mal de femmes ont une poitrine quasi invisible et ne sont pas moins femmes pour autant. Il y avait aussi que le but était qu’une fois Fanny bien mise en place, de sortir dans des soirées trans, et pas juste pour aller boire un verre. Or, j’adore qu’on s’occupe de mes bouts de seins ; je ne voulais pas qu’il y ait des obstacles pour celui, ou celle, qui s’aventurerait par là. Mais le travestisme a ses codes, et parmi ceux-là, on se doit d’avoir une poitrine. Je suis donc allé acheter des prothèses en silicone – qui, soit dit en passant, coûtaient la peau des fesses – et un soutient-gorge pour les tenir. Il s’est avéré que les seins contribuaient à camoufler la largeur des épaules, ce qui était une bonne nouvelle. Mais qu’est-ce que c’était lourd ! Je pleins les femmes qui ont une forte poitrine.

Si la question de la voix ne m’inquiétait pas énormément, il est assez admis que les travestis n’aillent pas une voix très féminine, la solution au maquillage commençait à beaucoup se faire attendre. Après l’expérience avec Erika, je me suis dit que le but n’était pas d’ajouter trente-six couches de peinture dans l’espoir d’effacer ce qui pourrait y avoir de masculin sur le visage. Le visage d’une femme n’est pas l’absence de traits. Je me suis dit qu’à l’instar de la démarche, le but était de trouver le petit-quelque-chose qui faisait qu’un visage n’était plus le visage d’un homme, mais bien celui d’une femme. Par exemple, il est clair que les femmes ont généralement de sourcils plus fins que ceux des hommes, et en plus, elles cherchent souvent à les affiner encore davantage. Mais il ne reste pas moins qu’il y a des filles qui ont des sourcils plus épais que la moyenne sans qu’on confonde leur visage avec celui d’un homme. Il est donc tentant d’affiner les sourcils – il y a une cire spéciale qui permet de les camoufler – mais ce n’est pas ça qui va transformer le visage d’un homme en visage de femme.

 

Pas longtemps auparavant j’avais rencontré une maquilleuse-esthéticienne hongroise pour qui le monde du porno n’était pas étranger ; et d’ailleurs, elle avait vécu jusqu’à pas longtemps auparavant avec un acteur porno, qui faisait aussi des films gays. Avec une certaine appréhension, car il n’est pas facile de dire à quelqu’un que l’on aime s’habiller en femme, mais pensant qu’elle avait dû en voir d’autres, je lui ai demandé si ça lui disait d’expérimenter avec moi. Elle semblait très contente que je lui demande, et on s’est mis d’accord pour organiser ça. Je ne sais plus très bien pourquoi, on a commencé des séances d’épilation, puisque ça, je pouvait le faire moi-même. Mais, en tout cas, j’en ai retenu qu’elle préférait épiler à la cire qu’à la machine électrique comme je l’avais fait parce que, d’après elle, avec la machine les poils ont tendance à se tortiller et à se casser, ce qui revient un peu à les raser, ce qui n’est jamais excellent. Peu de temps après, donc, je me suis acheté une machine à cire.

 

Durant les deux ou trois séances d’épilation, on a évidemment pas mal bavardé, et elle m’a montré des films porno où elle avait été impliquée. Elle m’a même montré des films où elle y jouait, notamment une scène avec son ex. En dehors de ça, elle a multiplié les signes avec lesquels elle me montrait qu’elle avait bien envie de moi. Seulement, à cette époque, j’attendais Laetitia, qui devait débarquer à Paris d’un jour à l’autre, et j’ai déjà écrit combien cette Laetitia m’obsédait. Aussi mignonne que l’Hongroise ait été, et c’était beaucoup, je ne voulais pas coucher avec elle. Et ça, ça, une fille ne le pardonne jamais. Une fille qui dit explicitement – aussi explicitement qu’une fille est capable de le dire – qu’elle a envie de nous et décliner son offre, c’est le meilleur moyen de s’en faire une ennemie.

 

Résultat des courses : après les séances d’épilation, pratiquement plus moyen de la revoir. Elle ne m’a plus appelé, plusieurs mois plus tard, que pour me demander de lui rendre un livre qu’elle m’avait prêté. Il a donc fallu que je me débrouille tout seul.

 

Le livre, soi dit en passant, était assez intéressant. C’était un beau livre de photos de maquillage, créés par un maquilleur de Los Angeles, donc, j’imagine, de Hollywood aussi. On y voyait multitude d’exemples de maquillage, avec la photo de la fille au naturel et la même fille maquillée par l’artiste. Il y avait même la photo d’un homme au naturel, et le même maquillé en femme. Mais ce qui était surtout intéressant, c’était une photo d’une fille peinte au pinceau destiné à illustrer les zones à mettre dans l’ombre, et celles à mettre en relief. Grâce à cette photo j’ai fait beaucoup de progrès.

 

Il y avait aussi les cheveux. Je les avais laissés pousser de sorte qu’ils étaient désormais mi-longs. Je suis allé me les faire couper chez un coiffeur de la rue de Londres qui était censé savoir faire des coupes mixtes, transformables d’un coup de brosse de coupe de femme en coupe d’homme, et inversement. J’ai été un peu embêté : autant la coupe en version femme était réussie, autant la coupe en homme semblait féminine, je n’était pas franchement l’aise avec cette coiffure en temps normal. Dès qu’ils ont poussé un petit peu, j’ai pris l’habitude de les attacher.

 

Donc voilà, au bout de plusieurs mois, voire même un an, tout ça commençait à prendre forme. J’avais même déposé des annonces ça et là sur internet. Et j’avais même répondu à une en particulier. Il s’agissait d’une femme qui disait que son mari était passionné par le troisième sexe et qu’elle voulait lui offrir une belle créature pour son anniversaire. Mais elle n’a pas trouvé que ma création était suffisamment réussie. Elle cherchait sans doute un travesti sous hormones, et là, faut quand même pas pousser, je ne l’ai jamais envisagé.

 

Pendant des mois, donc, j’ai amélioré Fanny, je me suis exercé à bien marcher, affiné ma gestuelle, appris, plus ou moins, à me maquiller, au rythme des allées et venues de mon « colocataire. » Puis, tout un tas de choses, dont l’échec face à la fille qui m’obsédait, des problèmes professionnels, la dépression qui s’en est mêlée, et ainsi de suite, ont fait que j’ai oublié Fanny de plus en plus. En plus, la pelade, c’est-à-dire, la perte de cheveux, rendait difficile la transformation en Fanny crédible, je n’arrivais plus à créer l’illusion.

 

Il me semble bien qu’entre l’été où tout cela est arrivé et l’hiver qui a suivi, je ne me suis pas habillé en Fanny une seule fois. C’est à ce moment-là que quelqu’un a répondu à une de mes annonces. Il s’agissait d’un couple sur Lille, ils voulaient un plan à trois avec un travesti. Leur prise de contact tombait assez mal ; je ne ressentait plus l’envie irrépressible de m’habiller en femme que j’avais ressenti auparavant, je ne faisais plus des fantasmes où je me voyais faire l’amour en femme. Mais d’un autre coté, ça me faisait un peu mal au cœur d’avoir créé ce personnage de Fanny sans jamais, à l’exception du bonhomme de la boutique de lingerie sexy, lui faire faire l’amour.  On a discuté sur Msn, mais la chose ne pouvait pas se faire tout de suite. L’endroit qu’ils prévoyaient pour faire ça n’était pas chauffé et il fallait donc attendre le printemps. Le mois d’avril arrivé, on a repris contact, je me suis préparé et le jour prévu, j’ai pris le TGV pour Lille. Ils sont venus me chercher à la gare, ils m’ont invité à déjeuner, puis on est allés au fameux lieu qui n’était pas chauffé.

 

Il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qualifier la situation de glauque. Le lieu était un studio dans un immeuble en mauvais état, on y accédait par une échelle. D’après ce qu’ils m’ont expliqué, c’était là que lui vivait avant de déménager avec la femme. Le studio était tout en longueur, à peine assez large pour le misérable matelas qui était posé à même le sol. La pièce avec la douche et les toilettes était absolument exigu. Lui a attendu pendant que j’ai pris une douche, que je me suis habillé et maquillé ; la fille s’est mise en dessous sexy. Lorsque je me suis présenté en Fanny, je n’ai pas eu l’occasion de faire voir ma gestuelle ni ma démarche que j’avais si longuement travaillé. Il s’est mis à genoux devant moi, a soulevé ma jupe et ma robe, et s’est précipité sur ma bite. On a fait quelques postures, à un moment donné j’avais la tête entre les cuisses de la fille pendant qu’il me tripotait par derrière. Il n’y a pas à dire : toucher une fille est plus agréable que de toucher un homme. J’ai envie de dire : la peau d’une fille est objectivement plus agréable que celle d’un homme. Parfois je me dis que le tour de force de la nature le plus impressionnant est d’avoir fait en sorte que toutes les filles ne soient pas lesbiennes.

 

Mais le plus clair du temps, ça s’est passé entre lui et moi, la fille s’est contentée de se masturber en regardant son mec s’affairer avec moi. Ils soutenaient que s’épiler les régions génitales multipliait le plaisir, si bien que lui s’était épilé, ou rasé, tout ce qu’il y avait en dessous de son caleçon, et était poilu partout ailleurs : jambes, ventre, poitrine, bras. J’avais trouvé ça assez ridicule. Toujours est-il qu’on s’est touchés, sucé, et, finalement, il m’a sodomisé, en levrette. Laborieusement, il avait du mal avec le préservatif.

 

Ca s’est passé sur une durée d’une ou deux heures, pas aussi vite que ce qu’on pourrait penser d’après ma description, mais il est inutile d’entrer plus dans les détails.

 

Après, on est allés prendre un pot en attendant mon train de retour. Je me souviens qu’à un moment donné, il m’a dit que le sexe, ce n’était pas si important que ça, que c’était une activité comme une autre, pas de quoi faire tout un cinéma. Eh bien je ne suis pas d’accord. Le sexe n’est pas une activité comme une autre ; ou n’a pas à l’être. Peu de choses procurent un plaisir comparable au plaisir que procure le sexe – comme ça, au pied levé, je ne vois que les décharges d’adrénaline lorsque, par exemple, on pratique un sport dangereux –, peu de choses mettent en branle tout notre être comme le sexe. A condition de cultiver le plaisir, de le faire mousser, de le laisser nous parcourir. Et non pas en le réduisant à un « je-te-suce-tu-me-suces-je-t’encule, » puis basta.

 

Malgré tout, je ne regrette pas. Mais il est certain que j’aurais aimé que ça se passe autrement. J’aurais aimé que ce soit plus glamour, plus érotique ; j’aurais aimé pouvoir jouer à la femme, avoir l’occasion de faire des manières avant de céder, comme le font les filles. J’aurais aimé que ça ne se réduise pas à quelques gestes mécaniques.

 

Reste que je l’ai fait une fois avec ce couple-là, et que je n’avais pas envie de le refaire une deuxième.

 

De toute façon, le personnage de Fanny avait déjà pratiquement disparu. Et depuis, je ne me suis plus habillé en femme. Il y a quelques mois, alors que ma sœur de Londres était de passage à Paris, je lui ai donné tout ce qu’elle pouvait prendre : maquillage, vêtements et quelques accessoires, me laissant les escarpins et le prothèses.

 

Aujourd’hui, je me vois mal reprendre le personnage de Fanny. Il y a quelques années encore je pouvais espérer arriver à un résultat crédible, mais maintenant, mon corps et mon visage et mon corps ne s’y prêtent plus. Puis, je n’ai plus envie.

 

Je ne sais pas trop pourquoi ça m’a pris, comme ça, tout d’un coup. Et je ne sais pas non plus pourquoi l’envie est partie. Mais il reste que tout ça a finalement été une expérience fort sympathique.

 

Bisous à toi, belle inconnue

 

Soda

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Mercredi 20 décembre 2006

Chère belle inconnue

Je ne sais pas ce qui m’a pris, c’est venu tout d’un coup, sans crier gare. J’ai eu une envie irrépressible de m’habiller en femme.

 

Et je me suis dit que, qui sait, si ça se trouve, ça plairait à Pascale. Ca serait peut-être le moyen de sortir d’une routine dans laquelle on faisait exactement la même chose à chaque fois, et où je ne trouvais pas, mais vraiment, absolument pas, mon compte.

Si je me souviens bien, j’ai commencé par les escarpins ; j’en ai acheté des rouges, aux talons aiguilles de quinze centimètres, dans un magasin Boulevard de Magenta spécialisé dans les grandes tailles – ils le sont tous, Boulevard de Magenta –, tenu par deux beurettes tout à fait charmantes. Je ne leur ai pas dit pour quoi c’était, j’ai juste dit que c’était à cause d’un pari que j’avais perdu. Elles m’ont dit qu’effectivement, d’autres avaient déjà perdu des paris et avaient eu à venir chez elles acheter des escarpins. Comme quoi, l’excuse a déjà servi avant moi. Même si je te laisse deviner l’élégance d’un mec qui enfile des haut talons pour la première fois de sa vie, c’était très grisant de les essayer devant elles. Un couple de personnes âgées est entré dans le magasin et j’ai promptement mis fin à la séance d’essayage. « Je prends. »

 

Dans une rue spécialisée dans la chose, mais je ne me souviens plus de laquelle, j’ai acheté un truc dont je me rappelle plus le nom, qui est à mi-chemin entre la perruque et la mèche, et qui allait servir à faire un chignon ; dans un magasin spécialisé dans les bijoux fantaisie près de Saint Lazare des boucles d’oreille à pince – je n’ai pas les oreilles percées – ; et dans un Monoprix loin de chez moi, une pince crocodile, du rouge à lèvres, une jupe qui m’arrivait à la mi-mollet, un débardeur, pour femme, évidemment, mais c’était quand même une mauvaise idée, et un châle pour couvrir mes épaules. Dans un magasin spécialisé dans le maquillage professionnel près de Pigalle, coté neuvième, le nécessaire de maquillage, en particulier un cache-barbe, du fond de teint, de la poudre, des pinceaux, etc. Plus haut, sur le boulevard de Clichy, dans un magasin de lingerie sexy, des porte-jarretelles, des bas résille et un string. Tout ce qui était vêtements en noir. J’ai assez longuement discuté avec le vendeur, qui, même manifestement gay, les hommes habillés en femme excitait, je l’ai bien vu au moment des essayages. Je lui ai dit que quand tout serait prêt, je viendrait lui montrer le résultat. Je suis retourné au Monoprix, le string que j’avais acheté ne convenait pas du tout ; j’y ai acheté des petites culottes et complété la trousse de maquillage. Mine de rien, se faire belle, ça revient cher. Pendant tout ce temps, je me suis épilé avec la machine à épiler de Pascale, mais j’y allait peu à peu, c’est que ça ne faisait pas du bien.

 

Quand j’ai enfin été prêt, je suis retourné à la boutique de lingerie sexy au moment de la fermeture, le vendeur m’a dit que je pouvais me changer dans les cabines d’essayage au fond, ce que j’ai fait. Une fois qu’il a fini de fermer la boutique, il est venu me voir. J’étais face à une glace, il est venu à coté de moi, s’est approché, puis passé son bras autour de ma taille. Il a commencé à me tripoter, puis il voulait me déshabiller, mais ça je ne le voulais pas, tout l’illusion reposait sur les vêtements. Finalement, je me suis mis à genoux devant lui, j’ai ouvert son pantalon et je l’ai sucé. Je crois bien que ça devait être la première fois que je suçais, c’est seulement là que je me suis rendu compte qu’il fallait faire attention aux dents. Il a eu l’amabilité de me prévenir avant de jouir.

 

J’avais trouvé tout ça terriblement excitant, et j’avais envie de continuer, et s’il m’avait demandé de sortir dans la rue comme ça, en tenue, eh bien je pense que je l’aurais fait. Mais il avait un rendez-vous ou je ne sais quoi, et il n’y avait pas moyen d’aller chez lui et continuer. Je me suis rhabillé, démaquillé, puis on s’est séparés. Je ne l’ai plus revu.

 

Le temps était venu de voir comment Pascale réagirait. Pour le lendemain, ou pour plusieurs jours plus tard, je lui avait dit que j’avais préparé quelque chose de spécial, et pendant que je me suis préparé à me maquiller et le reste, elle s’est habillée en tenue sexy. Puis je suis arrivé, Pascale a joué le jeu et on s’est bien amusés. Mais le lendemain matin, au petit déjeuner, elle a fermement fait comprendre qu’elle ne voulait plus jamais voir cela.

 

Mes affaires sont donc restées bien rangées pour une autre fois, et je ne les ai ressorties qu’après notre séparation, lorsque je me suis retrouvé en « colocation » (en fait une chambre louée dans un appart dont le « colocataire » disposait à sa guise, par exemple pour stocker la marchandise de son magasin de chaussures pour femme – non ! je ne te le présenterai pas, belle inconnue, qu’il crève. –). C’était un grand appartement de plus de cent mètres carrés dont le grand mérite était le long couloir qui allait des deux chambres du fond, dont la mienne, jusqu’à la salle de bain, avec son miroir. Ca faisait que je pouvais marcher tout au long du couloir en me regardant sur la glace de la salle de bain. Mon « colloc » partait souvent en voyage, à chaque fois pour une quinzaine de jours, bien que je ne savais jamais précisément quand il rentrait. Ca me permettait donc de régulièrement m’habiller en femme tranquillement et améliorer tout le déguisement. D’améliorer Fanny, comme j’ai appelé le personnage.

 

Je n’ai jamais réussi à bien me maquiller. D’abord, je l’ai fait en observant le maquillage des femmes dans mon entourage. Mais il était clair que je n’y arriverai pas comme ça. Internet ne m’a pas beaucoup aidé non plus pour savoir comment faire ; en revanche, j’y ai trouvé plusieurs travestis qui proposaient des féminisations. Je me suis résolu à faire appel à l’une d’entre elles et opté pour une qui s’appelait Erika, dont le site montrait des photos très convaincantes. Erika, par ailleurs, apparaissait un peu partout où il était question de soirées avec des trans ; c’est un personnage très extravagant, très exagéré. Je l’ai donc contactée et pris rendez-vous, et peu après, je me suis rendu chez elle avec tout mon attirail. Elle habitait dans un grand appartement avec, il me semble, une trans pseudo-nommée Victoria qui vivait en femme en permanence (Erika est steward et vit normalement en homme). Il y avait un grand salon, tout aussi extravagant que le personnage, avec des mannequins habillées de paillettes, et tout très kitch ; au fond du salon une petite pièce emplie de centaines de perruques, « les perruques, c’est mes bébés, » m’a-t-elle dit, c’est là que la féminisation a eu lieu.

 

Elle a pris tout son temps pour me maquiller, pour corriger tous les défauts et asymétries que comporte mon visage, et pour essayer d’arriver au meilleur résultat possible. Il est clair qu’elle n’a pas bâclé le travail. Elle ne m’a pas permis de me regarder dans le miroir au fur et à mesure : « surprise, » mais a répondu à toutes mes questions. Donc, le cache-barbe en premier, le fond de teint ensuite, sur le cache-barbe aussi, et ce fond de teint un voire deux crans plus clairs que la peau, alors que moi, bêtement, j’en avais choisi un aussi proche que possible de ma couleur naturelle. Après le fond de teint la poudre, et après la poudre les couleurs. Je ne sais plus dans quel ordre je l’avais fait auparavant, mais c’était tout autre, ce n’était pas étonnant que je n’y arrivais pas. Pendant qu’elle s’affairait sur ma féminisation, je regardais les perruques devant moi et je fixais une en particulier, longue, à la coupe dégradée, soigneusement désordonnée, qui faisait sauvageonne chic. Erika a dû le remarquer ; après le maquillage, qui comprenait des faux sils, elle a pris cette perruque pour la poser sur ma tête. Puis elle m’a passé une robe.

 

Et enfin, elle m’a permis de me regarder dans une glace.

 

Bah j’étais assez déçu. D’abord, la perruque sur ma tête ne donnait absolument pas du tout la même chose que sur la tête du mannequin. Mais surtout, le maquillage ne ressemblait à rien du tout. Erika m’avait donné un teint à coté duquel celui de Marcel Marceau en tenue aurait eu l’air bronzé, au milieu du masque, une grosse tache rouge faisait office de bouche. Pendant que je me suis un peu baladé dans son appart, Erika, Victoria et un jeune homme qui est arrivé en cours de route, se sont habillé(e)s et m’ont proposé de les accompagner en boite. Je le sentais moyen de sortir comme ça, dans la rue ; puis la soirée dans leur boite était une soirée SM. Je n’ai pas osé, je me suis rhabillé en homme et je suis rentré chez moi.

 

Un autre truc à travailler était la voix. J’étais tombé sur un article qui expliquait comment faire. D’après son auteur, ce qui distingue la voix d’un homme de celui d’une femme n’est pas que l’un soit plus grave que l’autre. Et même, les voix graves de femme sont très sexy, suffit de penser à Marlène Dietrich pour s’en convaincre. Ce qui les distingue est le timbre. Les sons sont crées par les cordes vocales et amplifiés dans le larynx, le timbre de voix est donné par la taille par la caisse de résonance que constitue le larynx, qui est nettement plus grand chez les hommes que chez les femmes. Le but de l’exercice proposé était de faire en sorte d’empêcher la parte haute, ou basse (je ne m’en souviens plus) du larynx de vibrer et, donc, diminuer la taille de la caisse de résonance. Avec l’exercice, on devait pouvoir avoir une voix à la Mickey Mouse, puis de vieille femme, puis, enfin, de femme plus jeune. Je suis bien arrivé au bout d’un moment d’avoir une voix de vieille femme, mais ça n’a pas été plus loin.

 

(A suivre)

 

Soda

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Vendredi 24 novembre 2006

Chère inconnue

Aussi loin en arrière que ma mémoire peut me porter, je ne me souviens que de la fascination que les filles ont toujours exercé sur moi. Je les regardais de loin, sans oser aller leur parler, avec une envie de … je ne sais quoi, à vrai dire. De les toucher, de les embrasser, de les regarder nues, peut-être. Si un adulte m’avait demandé quelle fille me plaisait j’aurais certainement rougi ; s’il avait su me mettre en confiance avant de me poser la question, je lui aurais certainement avoué plusieurs noms. Si une de ces filles avait fait preuve d’initiative, était venue vers moi et avait su surmonter ma timidité, j’aurais été le garçon le plus heureux au monde.

En revanche, si l’adulte m’avait posé la même question a-propos d’un garçon, ça m’aurait semblé une question complètement saugrenue ; « un garçon qui me plaît ?!?!?! » Si un garçon m’avait abordé, ce qu’il m’aurait voulu m’aurait complètement échappé.

Je me souviens que vers l’âge de onze ou douze ans, des camarades qui se la jouaient je-sais-tout et voulaient me montrer que je ne savais rien, m’ont demandé si je savais ce qu’était un homosexuel. Je me souviens avoir répondu « un homme qui se prend pour une femme. » Eux, qui disaient si bien tout connaître m’ont dit que non, pas du tout, c’était un homme efféminé. A cette même occasion j’ai appris qu’il y avait un mot pour désigner la même chose chez les femmes, lesbienne ; ça ne m’avait jamais traversé l’esprit qu’il pouvait y avoir des homosexuelles femmes.

A ma décharge je tiens à te signaler que je vivais dans un pays et à une époque où la sexualité était bien encore un sujet tabou et non une question de société comme aujourd’hui.

Tout ça pour dire à quel point l’homosexualité a toujours été pour moi quelque chose de fondamentalement étranger. La première fois que j’ai eu l’occasion de voir un homosexuel de près a été à l’âge, je pense, de seize ans. Une de mes activités extra-scolaires, je la faisais avec des adultes ; et lors d’une des soirées qu’on a faites, on s’est retrouvés chez des gens que je ne connaissais pas. J’ai bien discuté avec l’un d’eux, qui devait avoir dans les vingt-cinq ans et, à un moment donné, il m’a fait la bise avec un sourire d’oreille à oreille. Mais, voyant que je ne comprenais pas très bien où est-ce qu’il voulait en venir, il n’a pas insisté. Quelques jours après, je suis allé lui rendre visite. Si tu t’étonnes que je sois allé rendre visite à quelqu’un comme ça, c’est que je vivais alors dans un pays où l’on voit peu les gens dans les lieux publics, les gens ont plus l’habitude de se rendre visite les uns chez les autres. Bref, je suis allé lui rendre visite et j’ai appris qu’il faisait partie d’une association qui faisait je ne sais plus quoi, précisément, mais qui était lié à l’homosexualité. J’ai vu une brochure qui était rédigée comme aurait pu être rédigée une lettre d’une jeune homo à ses parents, leur annonçant son orientation sexuelle. Donc, son association avait sans doute pour vocation de recevoir et conseiller des homos qui avaient un peu de mal avec ça. Quoi qu’il en soit, vers cette période-là je me suis dit que l’homosexualité était une curiosité tout à fait digne d’intérêt.

Quelques années plus tard, je déménageais avec Anita. Je l’ai déjà dit dans les posts qui lui sont consacrés, Anita et moi, avons appris à faire l’amour ensemble ; ce qui veut dire qu’on s’est beaucoup parlé, beaucoup racontés nos fantasmes, beaucoup exploré et beaucoup expérimenté. J’ai ainsi découvert combien j’aime me faire sucer les bouts de sein ; me faire ça en me branlant, est certainement le plus délicieux des petits plaisirs qu’on puisse me faire. On s’est aussi offert quelques délires fétichistes ; j’enfilais alors une jupe d’Anita, son porte-jarretelles et ses bas, et elle m’engodait avec une bougie. Oui, c’est que là où nous étions, il n’y avait pas de sex-shop, et je ne suis pas sûr qu’à l’époque j’aie su ce qu’était un gode.

A propos des années Anita, j’ai eu l’occasion d’évoquer Einar, un gay que j’avais rencontré en cours de Méditation Transcendantale et dont j’avais repris la chambre dans sa colocation. Les histoires de méditation transcendantale, je les ai assez vite oubliées, mais je suis resté en contact avec Einar, qui est entré dans mon cercle d’amis. D’ailleurs, il m’a présenté une fille, une grande blonde absolument sublime qui avait tenté de faire une carrière de mannequin à Paris, avec laquelle il a failli se passer quelque chose et dont j’aurais pu parler. Mais bon, ce blog n’est pas non plus une encyclopédie de toutes les filles que j’ai croisées à un titre ou à un autre. Einar était astrologue, aspirait à devenir professeur de méditation transcendantale, était passionné d’Edith Piaf et ressemblait beaucoup à Jean-Paul Gauthier jeune, quand il était mince. Un jour, où nous étions plusieurs amis ensemble, il est arrivé tout content de lui car, disait-il, il avait couché pour la première fois avec une fille. En fait, a-t-il précisé, il avait couché avec un couple, un pote et sa petite amie. Puis il a fait remarquer, enfin, que toute réflexion faite, la fille avait plus gêné qu’autre chose.

Einar et moi avions des choses en commun, et on a décidé, avec quelques autres, de monter un projet. C’est comme ça qu’un jour, on s’est retrouvés dans le studio d’Anita pour travailler et que, à la fin, l’heure étant assez avancée, il est resté dormir. Anita n’était pas là. Bien sûr, à part le projet qu’on préparait, on a parlé de sexe, Einar parlait beaucoup de sexe. Bien sûr, je l’ai vu venir de loin : au moment de l’extinction des feux, il m’a demandé si ça me gênait qu’il dorme nu, non bien sûr. Puis il a demandé s’il pouvait venir dans mon lit ; fais donc. On s’est embrassé, caressé ; je lui ai pris la bite, y ai posé des bisous, mais je ne me souviens pas de l’avoir sucé. Lui, en revanche, il a sucé, et il suçait vraiment bien. A un moment donné, il a poussé un doigt entre mes fesses, mais ce n’était pas encore le moment, et l n’a plus insisté. C’était évidemment un peu bizarre, c’était agréable, mais il y avait quand même un souci : assez rapidement, j’ai commencé à m’emmerder. Je le voyais s’agiter, ça ne m’excitait pas. Au bout d’un moment, donc, je lui ai dit que je voulais arrêter ;  il s’est branlé, pendant que j’ai continué des bisous et des caresses, et il a joui.

Deux fois dans ma vie, deux fois et pas une de plus j’ai trouvé un homme attirant. Ce alors qu’il me suffit de mettre un pied dans la rue pour voir des filles qui me plaisent. Les deux fois, ça a été à la même époque, au début de ma relation avec Pascale. Pascale, je l’ai dit, quand je l’ai rencontrée se disait lesbienne, Sonia, qui nous avait présentés, était aussi lesbienne et les deux avaient des nombreux amis gays. On entend plus ça maintenant, mais à l’époque il était courant qu’un gay, en contact avec un hétéro, lui dise un truc du genre « En fait, tu es gay, mais tu ne veux pas te l’admettre. » On fini donc par se poser des questions. Un jour que j’accompagnais Pascale à un concert, où elle prenait des photos, j’ai vu un chanteur, il était blond, les cheveux longs attachés en queue de cheval, et portait un débardeur qui mettaient en valeur son épaule et ses bras et musclés. Je l’avais trouvé sexy, mais je n’ai pas parlé avec lui. Je bossais alors sur l’île Saint Louis, où je vendais des glaces Berthillon. Je rentrais à la maison par un bus de nuit, à deux heures du matin. Plusieurs fois j’ai vu un grand noir qui, pareil que l’autre, portait un débardeur qui mettait en évidence ses muscles. Lui aussi, je l’avais trouvé attirant.

Bien des années plus tard, je crois que c’était avant la naissance de notre deuxième enfant, je me suis retrouvé seul à la maison pendant quelque temps. Je ne me souviens plus où était Pascale avec le grand, le plus probable est qu’il soient partis en vacances me laissant seul une ou deux semaines. J’étais très excité. Si j’avais su où aller et comment faire pour y entrer, choisir une fille et repartir avec, c’est-ce que j’aurais fait. Mais je ne savais pas ; en revanche, ce que je savais, parce que tout le monde le sait, c’est où trouver un homme. Lorsqu’on se promène dans le Marrais, on sent très nettement que l’on s’approche ou que l’on s’éloigne des rues fréquentés par les gays ; on le voit au magasins de mode, aux devantures des libraires, puis tout bêtement en regardant les gens. J’avais à la maison une brochure qui devait être arrivé là avec le Nouvel Obs ou quelque chose dans le genre, sur les sorties à Paris et, bien sûr, avec son chapitre sur les lieux de sortie gays. J’en ai choisi un et je m’y suis rendu le soir venu. Je ne devais pas beaucoup ressembler à un gay avec les cheveux longs que je portais à l’époque ; je ne soignais déjà pas mon look hétéro, alors, j’allais pas m’amuser à me faire un look homo. Je suis donc entré dans un bar, dont je ne me souviens plus du nom, et allé directement au zinc et demandé une bière. Je me souviens que le barman m’a regardé l’air de dire « mais qu’est-ce qu’il faut ici, celui-la ? » Je n’avais cependant pas fini d’avaler ma première gorgée de bière que j’étais déjà abordé par un type. Il était plutôt rondouillet, chauve, blond et anglais. Ou en tout cas, britannique. Pas tout à fait ce que j’étais venu chercher, mais bon, apprécier la beauté chez les hommes n’a jamais été mon fort et à vrai dire, je m’en foutais un peu. On a discuté, il m’a incité a regarder un écran sur lequel on projetait un film érotique gay soft, puis il en a profité pour m’embrasser, me mettre la main dessus, la passer sous mon haut, le soulever et sucer mes bouts de sein, en me palpant les fesses. A ce stade, ma bière était encore aux quatre cinquièmes pleine. Ah ! si on pouvait draguer les filles, ou se faire draguer par elles, comme ça, ce serait quand même le pied.

Je l’ai quand même finie, ma bière, puis on est montés chez lui. Il avait une chambre dans un foyer pour étudiants britanniques, si j’ai bien compris, et là ça n’a pas traîné. En le voyant nu, j’ai quand même eu une surprise, c’est que sa bite avait une drôle de forme, et surtout, il avait l’entrejambe dépigmentisé par endroits, en taches. Je me voyais assez mal mettre ça dans ma bouche. On s’est faits des tas de choses, il faut croire qu’il a un peu mieux su m’exciter, parce que son doigt dans le cul était assez agréable, et suçait aussi très bien. Y a pas à dire, se faire sucer par un mec, c’est quand même assez classe. Et j’ai d’autant plus apprécié que ma légitime ne le faisait quasiment jamais, et quand elle le faisait, c’était à reculons. Mais assez vite, encore, passé l’impression d’étrangeté, j’ai commencé à m’emmerder ; et j’ai fini par lui dire que ça ne le faisait pas. Il aurait voulu que je reste dormir avec lui, j’en avais pas envie, et je suis parti.

Pas tout de suite, la suite

Bisous, belle inconnue

Soda

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Dimanche 12 novembre 2006

Chère belle inconnue

J’aimerais, chère inconnue, que tu me dises ce que tu penses de ce que je vais te dire.

Lorsque mon père est décédé, il y a bientôt une quinzaine d’années, ma belle-mère m’a donné beaucoup de ses papiers personnels, notamment du courrier échangé entre lui et ma mère. C’était, évidemment, les lettres que me mère lui avait envoyé ; celles que mon père a envoyé à ma mère, ça doit être ma mère qui les a. J’ai jeté un coup d’œil à ces papiers, j’ai pu ainsi voir une lettre, écrite alors qu’ils étaient encore des jeunes amoureux, mais qui ne se voyaient pas souvent, puisque issus de pays différents, dans laquelle ma mère annonçait son arrivée prochaine et, disait-elle « on pourra sortir et se bourrer la gueule. » Quand on connaît ma mère aujourd’hui, on a du mal à l’imaginer en train de sortir et de se bourrer la gueule. Ca faisait drôle. Dans une autre, ultérieure à leur séparation – ils se sont séparés alors que j’avais quatre ans et c’est mon père qui a eu ma garde –, elle engueulait mon père pour je ne sais plus quelle raison liée à mon éducation. Arrivé à ce stade, je me suis dit qu’en fait, malgré la curiosité que suscitaient ces lettres, ce n’était pas mon histoire mais la leur, et qu’ils avaient bien le droit de la garder pour eux. J’ai donc sagement remis tous les papiers à ma mère sans chercher à en savoir davantage.

Il y a quelques semaines je suis retourné à mon pays d’origine, j’avais des trucs à régler, et ma belle-mère m’a passé encore d’autres papiers personnels de mon père. Il s’agissait de lettres destinées à ma mère mais que pour une raison ou pour une autre, il ne les a pas envoyés, à moins qu’il s’agisse de copies qu’il a voulu garder. Quoi qu’il en soit, ce qui en ressort c’est la même chose que dans les autres lettres : de la passion amoureuse non partagée, des manipulations, des coups foireux, et, au détour d’une phrase par-ci par-là, comme un élément de décor qui sert plus de prétexte qu’autre chose : moi. Mon premier réflexe a été de me dire, comme quinze ans auparavant : « ce n’est pas mon histoire, cela revient à maman. » Puis, à l’instant d’après : « mais bien sûr que c’est mon histoire ! C’est même le point de départ de mon histoire, une période de mon histoire à laquelle ma mémoire ne me donne pas accès mais  que je suis condamné à subir sans avoir pu dire mon mot ; celle qui, néanmoins, à déterminé tout le reste. »

 

Oh ! il ne faut pas penser qu’il y a là des grandes révélations. D’un point de vue factuel, rien de nouveau, je sais tout ce qui y est écrit. Mais il en ressort un état d’esprit, on devine entre les lignes un raisonnement, un plan ; en creux on devine certaines choses que si elles m’échappent, j’en ressens les traces qu’elles ont laissées ; un puzzle se construit indépendamment de ce que l’un et l’autre ont pu me raconter, forcement, de leur point de vue et à leur avantage.

J’ai donc décidé de les garder. Je me dis même que je vais peut-être essayer de retrouver ces lettres que j’ai données à ma mère il y a quinze ans. Leur histoire est aussi la mienne.

Je t’embrasse, belle inconnue

 

Soda

 

 

 

 

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Jeudi 9 novembre 2006

Chère et belle inconnue

Je n’ai pas beaucoup souffert de la rupture avec Pascale. J’y ai même vu l’occasion de reprendre en main mon destin, certes, assez compromis au moment où je partais de chez elle en raison de mes difficultés professionnelles, mais il n’en était pas moins vrai que je recommençais une nouvelle vie et que je m’y suis lancé avec un enthousiasme certain.

A vrai dire, je ne garde pas des années Pascale le sentiment d’avoir vécu une grande histoire – quatorze ans, quand même ! – mais bien plutôt d’avoir vécu une parenthèse. Bon, ce n’est que partiellement vrai ; pendant ces années, il s’est quand même passé des choses, la plus importante étant bien évidemment la naissance et les premières années de vie de nos enfants. Pendant ces années, dans certains domaines, j’ai évolué ; je pense, j’espère, que j’ai aujourd’hui un raisonnement, politique par exemple, plus ferme et plus structuré qu’à vingt ans. Mais pour ce qui est de l’essentiel, c’est-à-dire, pour ce qui est de savoir vivre, ce qui est d’exister au milieu d’autres êtres humains,  lorsque j’ai quitté son appartement, que je me suis retrouvé dans une colocation, une fois mis mes vêtements dans les tiroirs et posé mes livres sur les étagères, j’ai eu l’impression de reprendre les choses là où je les avais laissées à vingt-deux ans. Et c’était assez désagréable.

 

Je lis et j’entends souvent des gens parler de leurs relations amoureuses et, à la vue de l’expérience que des relations successives, avec des différentes personnes, qu’il faut à chaque fois apprendre à connaître, suivies d’autant de ruptures, de remises en cause, des pentes à remonter, je suis sidéré par la science, pour ne pas dire l’art, avec lequel beaucoup s’expriment. Je sais que j’en suis incapable ; rares sont les fois où les femmes que j’ai profondément aimées soient sorties avec moi, ni même vraiment envisagé la chose. Je manque de culture amoureuse.

Et maintenant, alors ? Qu’est-ce que je cherche ? Il serait excessif de dire que je cherche la femme de ma vie, mais un peu de culture amoureuse ne me ferait pas de mal.

Bisous à toi

Soda

par Soda publié dans : belleinconnue
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